Strange Days

Los Angeles 1999. Lenny Nero, flic déchu, mi-dandy, mi-gangster, s'est reconverti dans le trafic de vidéos très perfectionnées qui pe...


Los Angeles 1999. Lenny Nero, flic déchu, mi-dandy, mi-gangster, s'est reconverti dans le trafic de vidéos très perfectionnées qui permettent de revivre n'importe quelle situation par procuration. Un jour, il découvre une vidéo révélant l'identité des meurtriers d'un leader noir.

Strange Days – 7 Février 1996 – Réalisé par Kathryn Bigelow

A l'aube de l'an 2000, la ville de Los Angeles est une vraie cocotte minute prêt à exploser. La mort d'un célèbre rappeur, dans des circonstances troubles alimente les tensions. Lenny Nero, flic déchu de la cité des anges s'est mué en un receleur d'images prisent et regardables avec le système SQUID. Prévu à la base pour les forces de l'ordre (espionnage), l'appareil est depuis détourné à des fins plus personnelles et illicites, comme le commerce d'images violentes ou à caractère sexuel. Ce qui en fait son succès, c'est qu'il vous place directement à la place de la personne dont vous revivez les images. Un avantage dont profite Lenny pour se remémorer de vieux souvenirs, doux et chaleureux, tout le contraire de ce qu'il reçoit un jour, un disque qui lui montre le viol et la mort de l'une de ses amies. Lenny doit alors faire taire sa nature profonde et enquêter sur cet acte odieux, une tache périlleuse qui va le plonger au cœur de la ville et de ses mystères.

Comme à chaque fois que je découvre un film d'un ou une cinéaste que j'apprécie, j'appréhende la découverte car j'ai peur de la « désillusion » ou encore du dit syndrome « Pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi ? ». Mais ici, avec « Strange Days » ce n'est pas le cas, le film à eu beau être un four commercial à sa sortie, il n'en reste pas moins un film ambitieux et visionnaire. Un long métrage ou l'on trouve le savoir faire d'une grande réalisatrice et de deux excellents scénaristes, avec le renommé James Cameron (Je vous fais pas un dessin) et Jay Cocks (Silence, Le Temps de l'Innocence).

Lenny Nero est un ancien flic qui doit à nouveau endosser ce rôle d'ancien quand l'une de ses amies meurt atrocement et que le tueur semble lui en vouloir personnellement. Hélas depuis le temps, Lenny a énormément changé, il fuit tous les conflits et s'échappe de la réalité en plongeant dans les souvenirs réconfortant que lui procure le SQUID. Tout comme ses clients qu'il fournit en images, il fuit ainsi la réalité.

Le background du film est alors posée, le monde dans lequel on vie n'est plus authentique, les gens s'échappent aux responsabilités grâce a aux SQUID, dans un univers rêvée qui les conforte dans leur illusion de confort. L'histoire navigue alors entre plusieurs genres, comme le thriller, la science-fiction et le film noir le tout mâtiné d'une touche de romance. Cela permet à James Cameron d'écrire une histoire qui n'est pas si éloignée de ce qu'il à déjà fait et de brasser ainsi un éventail large de thèmes à aborder. Comme la dualité entre l'humanité et la technologie, les dangers d'une société droguée à la technologie, le voyeurisme, la société américaine, le racisme et les violences policières. Ce qui donne au film une profondeur de lecture intéressante et surtout il est en avance sur son temps.

Premièrement, il s'agit de confronter deux mondes, ceux des émeutes qui ont suivi l'acquittement des quatre policiers impliqués dans tabassage de Rodney King, révèle une Amérique scindée en deux et profondément inégalitaire. Une Amérique ou l'on trouve les blancs d'un coté et les noirs de l'autre. L'une n'a pas à subir les discriminations, les abus de la police ou le racisme, parfois elle ne voit même pas le mal qu'elle fait quand l'autre se débat pour exister dans une société qui ne semble pas la vouloir et qui se confronte sans cesse à un plafond de verre qui ne veut pas céder. D’où la dichotomie à l'écran entre le personnage de Mace, femme noire, mère et célibataire avec celui de Lenny. la première a la tête dans la vie réelle avec les soucis que cela engendre et les violences qu'elle affronte , alors que Lenny évite les confrontations et ne vit qu'au travers des souvenirs qu'il revit avec le SQUID. Un sujet qui tient particulièrement à cœur la réalisatrice.

Le SQUID c'est la trouvaille du film, le petit truc qui fait la différence et qui prouve que Cameron voit toujours plus loin que les autres et cela même quand il est scénariste. C'est un petit appareil qui à la forme d'un casque et qui sert aussi bien à enregistrer ce que l'on voit, mais surtout à revoir ce que l'on a enregistré. Un appareil destiné d'abord a la police pour des missions d'espionnages, qui basculera vite vers des abus (Ce que l'on en déduit) et vers un excès dans son utilisation, rendant addicts (littéralement) les gens avides de surveillance ou encore d'images diverses et variées qu'ils consomment comme un mauvais fast-food. Le film anticipe les dérives de la tv et des réseaux sociaux, comme facebook, twitter, ou encore Youtube, qui rendent accessible tout le temps et a toute heures, une quantité faramineuses d'images.

A cela on rajoute l'évocation à peine voilée du « bug de l'an 2000 », de cet instant crucial entre 1999 et l'an 2000 qui en était presque arrivé a nous faire croire que l'on courrait vers l'apocalypse. Un dernier pied de nez à nos convictions, qui nous ramène à ce que l'on a de plus simple, notre seule humanité comme barrière aux problèmes qui se dressent devant nous et non à la technologie, qui ne doit rester qu'un outil …

C'est cette histoire aux multiples angles de lectures, à la fois forte, étrange, malsaine et efficace que Kathryn Bigelow met en scène avec énormément de passion et de talent. Le récit constamment équilibré n'hésitait pas à choquer et à en mettre plein la vue et ça des le début, pour nous amener à un final empli d'espoir. Graphiquement le film n'est pas trop daté, la direction artistique fait des choix judicieux, notamment pour le visuel du SQUID, qui est assez complexe pour que l'on y croit et pas assez pour qu'on se dise que ce n'est pas réaliste; tout en restant raccord avec l'univers créé dans le film.

Ensuite si la réalisatrice sait gérer les scènes d'actions et les scènes de dialogues avec brio, elle nous en met par contre plein la vue avec les scènes à la 1er personne ! Des séquences dignes d'un FPS (First Person Shooter) plus vraies que nature et qui ont demandé énormément de travail. Que cela soit pour le chef opérateur Matthew F. Leonetti, que dans la conception du matériel pour filmer les séquences en questions ou pour chorégraphier l'imposante introduction du film. Des scènes qui sont toujours fortes en adrénaline, mais qui n'ont pas le même but, l'introduction par exemple vous coupera le souffle par son intensité, alors qu'une autre vous mettra mal à l'aise, très mal à l'aise vu qu'il s'agit de la scène du viol d'un des personnages.

Le casting est quant à lui parfait ! Oui c'est le mot, pour moi il n'y aucune faute de goût et que cela soit dans les seconds rôles que dans les rôles titres. Lenny Nero est joué par Ralph Fiennes, parfait junkie aux images, dandy décalé et séducteur qui retrouve le sens des réalités. Mace est incarnée par Angela Bassett qui se place en digne héritière des héroïnes de Cameron, une femme forte, indépendante, qui a même le loisir de sauver notre petit Lenny. Juliette Lewis prend les traits de Faith, l'ex chérie de Lenny; un personnage agaçant comme à chaque fois que je croise Juliette Lewis dans un film. Tom Sizemore joue l'antagoniste du film Max ; un personnage étrange, discret et secret que l'on ne voit pas arriver et qui s'avère convaincant. Puis on trouve des têtes que l'on reconnaît dans les seconds rôles, avec le terrible sheriff de nottingham Michael Wincott: les inspecteurs Vincent d'Onofrio et William Fichtner en policiers racistes ! Brigitte Bako dans le rôle de la victime Iris ou encore Glenn Plummer dans celui du rappeur Jeriko One.

Excellent film qui à vu les choses, avec clairvoyance !


Mort d'un pourri

Cherchant à protéger un ami, le député Philippe Dubaye, Xavier Maréchal rentre en possession d'un dossier compromettant. Des tueurs ...


Cherchant à protéger un ami, le député Philippe Dubaye, Xavier Maréchal rentre en possession d'un dossier compromettant. Des tueurs se lancent à ses trousses pour récupérer ces documents.

Mort d'un pourri – 7 Décembre 1977 – Réalisé par Georges Lautner


Cela va bientôt faire treize ans que j'ai atteint la majorité, celle qui nous donne le sacro-saint droit de vote. Un acte qui une fois la première élection en vue, peut exciter, qui peut presque même donner l'impression que l'on est important et que l'on peut peser sur la vie locale, voire nationale par nos choix. Mais il faut bien se l'avouer que cela fait un certain temps que je n'y crois plus et que les derniers mois qui viennent de s'écouler n'aide pas à croire dans le système politique français. Par exemple deux candidats à la présidence de la république sont compromis par des affaires judiciaires; l'un nous déverse la frustration qu'il a engranger quand il était premier ministre, poussé par des extrémistes catholiques qui ne rêve que d'une chose, de la France des châteaux et des cathédrales; l'autre se réclame anti-européen mais y réalise ses plus grands scores électoraux et elle ne base son programme que sur le triptyque « L'immigration, l'immigration et l'immigration » (comme papa) tout en fustigeant le système qu'elle fréquente depuis … toujours.

Je conçois qu'il existe la présomption d'innocence, mais quand on se destine à la fonction suprême, que l'on a le destin de millions de français à portée de main, on se doit à mon humble avis, de montrer l'exemple et d’être irréprochable, car au final comment peut on rester crédible ? Bref la situation n'est pas idéale et on ne sait pas vraiment à quel sauce on sera mangé, mais ce qui est inquiétant c'est que cela ne date pas de maintenant, la politique était tout aussi nocive et corrompue qu'il y a 40 ans, comme dans le film de George Lautner dont je vais vous parler « Mort d'un Pourri ».

Philippe Dubaye est un député de la république qui a commis l'irréparable en tuant l'un de ses collègues qui voulait le faire chanter. Cette personne possédait un cahier ou était écrit les noms de différentes personnalités compromises dans diverses affaires. Paniqué, le député appelle son ami, l'entrepreneur Xavier Maréchal en pleine nuit et lui explique ce qu'il s'est passé. Dubaye lui dit ensuite d'aller dans l'appartement de son amante chez qui il a caché ce fameux cahier et de le dissimuler dans une consigne à la gare, dans le quartier de la défense. Sachant que ce cahier sera très convoité, Xavier se hâte dans sa mission, mais il se sait suivi et chaque personne qu'il croise et soit une potentielle victime soit un potentiel assaillant. Un risque qu'il est prêt à prendre, surtout quand son ami est abattu. Il n'aura alors de cesse de chercher le coupable ….

Ce film est l'adaptation du roman éponyme « Mort d'un Pourri ». On retrouve sous le pseudonyme de l'auteur Raf Vallet, le journaliste et romancier Jean Laborde. Auteur de plusieurs œuvres avant celui-ci comme « Le Pouce » qui a donnée quelques années auparavant « Le Pacha » avec Gabin et réalisé par Georges Lautner qui retrouve pour l'occasion, l'un de ses plus fidèles collaborateurs, un certain Michel Audiard.

Sceptique au début, notamment à cause d'un titre fort peu engageant et de la présence Alain Delon en tête d'affiche; « Mort d'un Pourri » est un film vraiment sympathique. J'ai été vite séduit par l'histoire, le ton et l'humour dont sait faire preuve cet œuvre de Lautner tout en abordant des sujets assez graves. C'est d'ailleurs grâces à ces différents sujets que le film aborde qu'il est intéressant, notamment avec la corruption, le trafic d'influence ou encore le lobbying, car ce sont des questions qui agitent la vie politique et celle des français depuis près de quarante ans.

Sous sa trame classique de film policier à la papa, il se cache une vraie critique de la politique française et de ses dérives. L'intrigue qui voit Xavier Maréchal chercher la vérité sur la mort de son ami est bien écrite et fonctionne bien, avec ce qu'il faut de rebondissement pour que l'on ne s'ennuie jamais. Surtout quand les dialogues de Audiard sonnent à l'oreille comme des récréations particulièrement ludiques et utiles à l'histoire qui se déroule devant nos yeux. Xavier est un personnage avec un regard désabusé sur la société, qui n'a plus que ses principes et son charme pour faire face à cela. C'est un milieu vorace, cannibalisés par gens sans scrupules, des tueurs, des politiciens corrompus, des policiers véreux, des grands industriels aux intérêts financiers et par des riches étrangers aux intentions mystérieuses. Un panier de crabes ou il est difficile de savoir qui tient les ficelles, tant tout le monde semble trouver un intérêt à frauder ou à se laisser acheter par de l'argent.

Un inventaire de la politique française sans concession qui résonne encore aujourd'hui avec énormément de force et pour ça il suffit juste de se pencher sur la vie politique depuis le mois de Janvier pour s'en rendre compte. Le personnage de Xavier n'est au final que le reflet d'une certaine partie de la population, qui ne croit tellement plus en l'homme et en le système, qu'il fait simplement avec …

La réalisation de Georges Lautner est dans l'ensemble de bonne facture et elle tire à merveille des décors parisien que l'on traverse avec tout autant de hâte qu'Alain Delon. On assiste alternativement à des scènes de dialogues enlevés et drôles à la Audiard et à des scènes de meurtres assez violentes. La plus impressionnantes restant la mort de la femme de Dubaye ou l'on nous place dans la peau du meurtrier. Une scène choc qui appuie l'impunité dont jouissent les différents malfrats, qui font ce qu'ils veulent quand ils veulent ! Une noirceur contrebalancée par la justesse des dialogues d'Audiard et par l'équilibre de l'histoire qui divertit sans cesse. A cela ajoutons la bande originale de Philippe Sarde vraiment bonne et un casting de qualité avec en tête, l'excellent Alain Delon … 

Le cinéma français que j'aime ... 



El Hombre de las Mil Caras

Francisco Paesa, ex agent secret espagnol, est engagé pour résoudre une affaire de détournement d’argent risquant d’entraîner un scanda...


Francisco Paesa, ex agent secret espagnol, est engagé pour résoudre une affaire de détournement d’argent risquant d’entraîner un scandale d’Etat. L’homme y voit l’opportunité de s’enrichir tout en se vengeant du gouvernement qui l'a trahi par le passé. Débute alors l’une des plus incroyables intrigues politiques et financières de ces dernières années : l’histoire vraie d’un homme qui a trompé tout un pays et fait tomber un gouvernement.

El Hombre de las Mil Caras – 12 Avril 2017 – Réalisé par Alberto Rodriguez

De temps à autre, une histoire ubuesque sort dans la presse, accapare les médias et l'on se demande clairement au final comme cela a pu arriver, car rien ne semble réel ou tout bonnement vraisemblable. Et là, il suffit de prendre quelques minutes pour se retourner sur l'année écoulée et sur l'actualité pour s'apercevoir que la fiction à rejoint la réalité. Plus rien n'a vraiment de sens et ce qui est effrayant, c'est que l'on est de moins en moins étonné par ce qui se passe. Un mélange des genres cultivé par « El Hombre de las Mil Caras », par choix, mais aussi parce que le sujet « Francisco Paesa » l'impose …

Francisco Paesa ou « Paco » pour les intimes est un homme d'influence, un homme auquel on s'adresse quand on veut faire un travail ou l'on doit éviter de se salir les mains. Cet homme à tout pour lui, une prestance, une assurance à toute épreuve et les contacts qu'il faut pour mener à bien les dossiers qu'on lui confie. Pendant une période, il travaillera pour les services secrets espagnols, approchant ainsi de près l'ETA et bien d'autres organisations secrètes, hélas pour lui rien ne se finira comme prévu, les services secrets lui ayant tournés le dos lâchement. Malgré ce coup dur, Paco cherche toujours à se faire de l'argent, mais rien ne se conclut. Un jour, le responsable en chef de la Guardia Civil « Luis Roldan » vient le voir et lui demande comment garder ses deux maisons, ainsi qu'une forte somme d'argent qu'il a détourné! Une situation désespérée car le scandale va éclater et que son nom sera traîné dans la boue, un fait que Paco gère avec le plus grand des calmes, mettant en place le début d'une évasion rocambolesque …

Ne connaissant que « La Isla Minima » et ayant toujours quelques lacunes avec le cinéma d'Alberto Rodriguez (Grupo 7, 7 Virgenes), je me demandais comment serait son nouveau film, surtout quand on sait l'excellence de son précédent. Et bien j'ai été une fois de plus bluffé, « L'Homme aux mille visages » ou « El Hombre de las Mil Caras » nous entraîne à un instant T de l'histoire Espagnole, ou se mêle espionnage, thriller et escroquerie. Un film qui une fois de plus n'hésite pas sous couvert du divertissement à dénoncer les travers de la société espagnole, qui ne serait qu'un éternel recommencement …

Pour ce film le réalisateur collabore a nouveau avec la même équipe que pour « La Isla Minima », on retrouve ainsi le scénariste Rafael Cobos, le compositeur Julio de la Rosa ou encore le chef Opérateur Alex Catalan. (Équipe identique depuis ses débuts, exceptés les nouveaux collaborateurs qui se sont rajoutés de films en films). Avec son scénariste, Alberto Rodriguez écrit l'histoire de ce film en s'appuyant sur le livre du journaliste Manuel Cerdan (Paesa, el espía de las mil caras) et de nombreux travaux du journal El Mundo. Pour ça il se concentre sur un fait précis, la cavale de l'ancien chef de la Guardia Civil « Luis Roldan » accusé de corruption et de détournement de fond, ou l'on découvre le rôle de Francisco Paesa dans cette affaire.

Et c'est la que l'histoire est très intelligemment écrite, car la fiction rejoint la réalité et que le film s'amuse avec beaucoup de malice à brouiller les pistes. Des faits sont vrais, d'autres ne le sont pas, mais je défie quiconque de dire « c'est invraisemblable » ou « irréaliste », pourquoi ? Car on ne le peut pas ! C'est ainsi que le film montre le caractère presque inéluctable de pratiques douteuses qui reviennent comme des boomerangs, ou les hommes tombent inexorablement dans la corruption et dans les malversations de tous genres, encouragés et protégés par un système qu'ils alimentent ! Et ce n'est pas que l'Espagne que l'on retrouve ici décrite, mais aussi un grand nombre de régimes démocratiques.

Bref si Alberto Rodriguez se permet avec raison de tirer sur la politique, l'évasion fiscale et la corruption, il n'en oublie pas de conter un film d'arnaque dans la lignée des plus grands. L'énigmatique Francisco Paesa est un mélange entre Frank Abagnale. Jr, Jordan Belfort et Henry Gondorff, un personnage omnipotent qui a toujours au moins deux coups d'avances et qui s'avère être tout aussi effrayant que terriblement fascinant dans sa façon de fonctionner. Il ne se confie jamais, semble avoir des amis partout, mais qui ne le sont pas finalement et seul lui est au courant de la finalité de chaque action qu'il entreprend. Une position de maître du jeu que l'on constate comme le personnage fictif Jesus Camoes, qui se trouve comme nous, proche de l'histoire, de Paco, mais au final il est assez loin de la vérité et c'est cet aspect grisant que le scénario de Rafael Cobos et Alberto Rodriguez cultive pendant près de deux heures.

Des le début le réalisateur énonce son intention, nous serons devant une fiction, tirée de la vie réelle mais avec de la fiction. A partir de là Rodriguez étale son savoir faire et profite avec justesse des deux heures que durent son film. Si pour ma part je trouve le début un « peu » trop didactique que cela soit dans ce que sa montre que rythmiquement, car c'est un récit assez dense et qu'il vous faudra vous accrocher pour ne pas vous perdre. Cependant une fois la première demi-heure passée, c'est un régal de tous les instants, c'est bien rythmé, l'image est soignée et cela qu'on soit dans la luxueuse maison de Paesa ou dans une chambre de bonne parisienne. On se ballade aussi aux quatre coins du globes, Madrid, Paris, Cambodge, Singapour ou encore le Laos, sur les airs composés par Julio de la Rosa qui signe une bande originale électrisante, qui nous plonge dans les années 90 avec style, charme et élégance. La direction artistique de Pepe Dominguez del Olmo est à saluer, comme le travail de Fernando Garcia aux costumes et celui de Yolanda Pina pour tous ce qui est coiffure et maquillage.

Pour finir le casting est quant à lui vraiment très bon ! Dans le rôle de Luis Roldan on trouve Carlos Santos qui se métamorphose pour rentrer dans la peau du personnage. Mélange d'autorité et de paranoïa, on rentre facilement en empathie avec cet homme qui à fait des choses qu'il ne pouvait assumer, une performance pleine d'intensité récompensée par un Goya. L'acteur José Coronado joue Jesus Camoes, un homme qui se rêve comme son ami, mais qui reste immanquablement parmi les mortels. Il donne à son personnage beaucoup de charme, d'assurance et un brin de naïveté qui sied à sa place dans l'histoire. On retrouve Marta Etura dans le rôle de Nieves Fernández Puerto (La conjointe de Roldan), une femme de caractère qu'elle incarne avec brio et conviction, qui assume sa part dans l'histoire de son mari, quitte à se livrer aux autorités, la ou lui préfère se cacher. L'excellent Eduard Fernandez est magnifique dans le rôle de Francisco Paesa. D'une il se glisse à merveille dans le costume du personnage, c'est un gentleman, il a les manières, la tenue et la prestance pour que l'on est confiance en lui. Ensuite il fait preuve de beaucoup de finesse, de délicatesse et de malice afin de nous amener la ou il le souhaite et mon dieu que ce fut plaisant … 

Alberto Rodriguez réussit avec brio l'après "La Isla Minima" !
Un excellent long-métrage à la forme et au fond maîtrisé de bout en bout.


La Forteresse Cachée

LA FORTERESSE CACHEE Akira Kurosawa Les principaux films d'Akira Kurosawa ressortent au cinéma. Les voir à Bo...



LA FORTERESSE CACHEE
Akira Kurosawa


Les principaux films d'Akira Kurosawa ressortent au cinéma. Les voir à Bordeaux revient à dealer avec le cinéma le plus caractériel de la ville. Il a été impossible de voir tous ceux que l'on nous a conseillés. Mais j'ai pu avoir mon baptême avec celui là.

Dans le Japon du XVIe siècle deux hommes sont en fuite. Ce sont deux paysans qui ont tout vendu pour aller combattre. Ils espéraient revenir couverts d'or et de gloire, mais ils sont arrivés à la fin du combat,ont été fait prisonniers et passent leurs temps à creuser, à fuir, à se faire rattraper, à creuser, à fuir... jusqu'au jour,ou au grès d'une de leur fuite ils découvrent une barre d'or, rencontre un homme mystérieux et inquiétant qui finira par les convaincre de...creuser. Mais cela n'est qu'un début. Car plus qu'un film sur une quête c'est un film sur une odyssée, et même pour certains des personnages un voyage initiatique.

Avant de parler à proprement du film je tiens à vous causer de sa forme et à évacuer sa paternité.
Commençons par l'aveu de George Lucas, il s'est inspiré de cette œuvre pour créer la guerre des étoiles. Effectivement quand on vous le dit, vous n'avez aucun problème à reconnaître les éléments. Mais moi qui ne l'ai su qu’après ça ne m'a pas sauté aux yeux pendant le visionnage. C'est très sensible sur le fond et pas du tout dans la forme. Le découvrir c'est aussi le voir libre de ce préalable sinon c'est courir le risque d’être déçu.
Comme je le précisé en introduction, il est mon premier Akira Kurosawa, et je me refuse à réécrire bêtement ce que j'ai lu ou m'attribuer des expériences que je n'ai pas. Je sais qu'il est particulier car il est beaucoup moins violent que ceux qui le précédent et qu'il est le premier qu'il filma en cinémascope. 
Ce choix lui permet de donner une profondeur à certains moments. Pendant une scène de rébellion avec une centaine de figurants, ce format amplifie cette impression de foule de suffocation, de vague qui emporte tout, même nous en train de regarder. Ou de créer des paysages quasi irréels enveloppant une frontière de nappe de brouillard, la dématérialisant symbolisant son inaccessibilités. La réalisation s'en sert aussi pour mettre en relief les caractéristiques de certains personnages. Les positionnant seul en haut d'une colline, et les filmant en contre plongée, rajoutant à leurs charismes
et nous parlant de leurs rangs sociaux.

La réalisation et sa composition de l'image est un vrai bonheur, d'une princesse endormie nichée au creux d'un arbre à un combat de samouraïs... J'ai eu l'impression, d'avoir à nouveau sept ans. Tout est étudié et rien n'a vieilli.
J'aime beaucoup les noirs et blancs très tranchés avec de forts contrastes. Là le noir et blanc est plus subtile, il est utilisé comme un élément de narration à part entière et moins pour son esthétisme.
les gens qui veulent définir un film par un mot ont beaucoup de mal, je serai bien incapable de le faire. Mais en recherchant les noms des provinces que nos personnages devaient traverser (noms que je n'ai jamais retrouvé),j'ai lu que c'était un film de princesse. Et j'ai eu envie de mordre.

Yukihime qui est la princesse en fuite est le vecteur d'un discours humaniste. C'est elle que l'on suit, c'est elle qui évolue et qui énonce l'idée humaniste qui sous tend tout le film. Elle est un personnage fort, capable de commander et gouverner en temps que seule héritière, la survivante d'un clan. Elle a cette manière de crier, ou plutôt de parler fort dans une expiration. Misa Uehara compose un personnage avec un jeu très actuel. Le plus souvent en jouant avec sa posture, et sans sur-jeu. Je glisserai un mot sur l'autre personnage féminin, celui de la paysanne, courageuse, dévouée. Dans ce film chaque personnage féminin est droit et sans faille. C'est un message auquel je ne m'attendais pas.

Mais celui qui incarne la droiture est le général Rokurota Makabe joué par l'acteur fétiche du réalisateur Toshiro Mifune, tout en droiture et en force, même son rire respire ces caractéristiques. Il incarne aussi le sens du devoir et de l'honneur. Il est le personnage central du film qui est le lien entre tous ces protagonistes hétéroclites.
Nos deux paysans sont interprétés par Minoru Chiaki (Tahei) et Kamatari Fujiwara (Matashichi)sont là pour amener la légèreté dans le film. C'est toujours de l'humour situationnel ou à base de mimiques. Je n'ai eu aucune sympathie pour eux. Et on est soulagé de ne plus les voir au moment ou finit le film.

Ce film m'a surprise. Je ne sais pas bien ce que j'attendais de lui, peut être une leçon de cinéma qui aurait vieilli, mais ce ne fut pas du tout le cas. Il m'a parlée de moi, de mes valeurs et en a profité pour réveiller l'enfant de sept ans qui aimait les films de samouraïs.


Miss Sloane

Elizabeth Sloane est une femme d’influence brillante et sans scrupules qui opère dans les coulisses de Washington. Face au plus grand d...


Elizabeth Sloane est une femme d’influence brillante et sans scrupules qui opère dans les coulisses de Washington. Face au plus grand défi de sa carrière, elle va redoubler de manigances et manipulations pour atteindre une victoire qui pourrait s’avérer éclatante. Mais les méthodes dont elle use pour parvenir à ses fins menacent à la fois sa carrière et ses proches. Miss Sloane pourrait bien avoir enfin trouvé un adversaire à sa taille.

Miss Sloane – 8 Mars 2017 – Réalisé par John Madden

Le deuxième amendement de la Constitution des États-Unis d’Amérique est presque autant connu dans le monde que les enseignes McDonald, les Iphones d'Apple ou les tonnes de blockbusters qui déferlent sur nos écrans chaque année. Celui qui vulgairement autorise chaque Américain à posséder une arme à feu. Arguant qu'il s'agit d'un droit fondamental qui ne peut être remis en cause et profitant d'un flou dans sa définition, Il est défendu avec hargne par les conservateurs les plus acharnés, ainsi que par la toute puissante NRA (National Rifle Association).

Et les gouvernements qui ont essayer de lui donner quelques limites se sont casser les dents, dont Barack Obama lors de son second mandat; car au delà de l'opinion et des responsables politiques dur à convaincre, il y a le lobbying de l'industrie des armes qui est tout aussi puissant que particulièrement efficace. C'est de ce point de vue la, de celui de lobbyiste qui se bat pour faire passer une loi sur le contrôle des armes que John Madden articule son film, une femme impitoyable, la téméraire « Miss Sloane »

«Une milice bien organisée, étant nécessaire à la sécurité d'un État libre, le droit qu'a le peuple de détenir et de porter des armes ne sera pas transgressé.»

Au royaume des lobbyistes, Madeline Elizabeth Sloane en est la reine et Washington son terrain de jeu favoris. Elle n'a peur de rien, ni de personne et elle n'hésite pas à être au limite de la légalité si cela peut lui permettre de gagner la bataille dans laquelle elle s'engage. Considérée comme une arriviste de première, elle étonne son employeur quand elle refuse de mener la campagne d'un lobby pro-armes qui cherche à s'opposer à l'adoption d'une loi qui prévoit d'étendre le contrôle des antécédents psychiatriques des acheteurs à toutes les ventes d'armes à feu. Elle est engagée par la partie adverse pour aider à faire passer cette loi. Et tel un défi personnel, elle mène une bataille contre le lobby des armes que personne d'autre n'a encore gagné …

Avec le recul, ce film m'a déçu! Alors certes « Miss Sloane » m'a diverti et cela malgré l'aspect bavard souvent pointé comme un défaut. De plus l'intrigue n'est pas inintéressante et se placer du coté d'une lobbyiste est assez judicieux; cependant il manque au film de John Madden de la crédibilité et un semblant, un tout petit semblant de personnalité ….

Le scénario du film est écrit par Jonathan Perera. Ce jeune scénariste signe ici son tout premier script, un script qui fut dans la fameuse liste noire des scénarios à Hollywood en 2015 et qui intéressa un temps monsieur Steven Spielberg. L'histoire se concentre sur la lobbyiste « Miss Sloane », une femme qui se consacre uniquement à sa carrière et qui se retrouve à devoir battre l'imbattable, tout en gérant ce que l'on imagine être un lourd passif et certaines addictions contraignantes. Bref rien de bien nouveau à se mettre sous la dent, mais voilà si d'un coté l'intrigue est bien écrite, elle en oublie malgré tout d’être crédible, a cause notamment de son personnage principal bien trop omnipotent pour être tangible. Elle réussit tout ce qu'elle entreprend, elle est plus maligne que quiconque, elle ne se fait jamais prendre à défaut et même ses erreurs n'en sont pas; donc comment ne pas rire quand au dénouement final, à ce tour de passe-passe grandeur nature digne d'un Ocean's Eleven que Frank Underwood n'a jamais réussi …

Et si j'ai nommé ce truculent personnage que Kevin Spacey interprète avec brio, c'est que le film semble plus être un immense « pilote » pour un spin-off de la série « House of Cards » qu'un film qui se suffit à lui même. Vous prenez le lieu de l'action (Washington), le lobbying, les jeux de pouvoirs, les trahisons, le ton ou encore le personnage principal qui est une variante féminine de Underwood et vous y êtes ! C'est tellement flagrant que je n'aurais même pas était choqué si j'avais vu passer Kevin Spacey tant les univers sont proches.

Quant à la réalisation, j'ai vu John Madden beaucoup plus dynamique dans « L'Affaire Rachel Singer » qu'ici ou tout manque de relief. Un peu long, voir laborieux dans sa résolution, seul les scènes de joutes verbales, parfois saignantes ou non, injectent de la vie dans ce long métrage au rythme irrégulier. Cela assure au film son lots de scènes fortes, comme le final ou le débat télévisé. D'un point de vue graphique c'est propre sans être vraiment original malgré le travail soigné de Sebastian Blenkov à la photographie et la direction artistique de Mark Steel.

Ce qui fait vraiment le sel de ce film et son intérêt, c'est le casting qu'a réunit John Madden autour de lui. On trouve des valeurs sures, avec Mark Strong, Michael Stuhlbarg, John Lithgow et Sam Waterston qui incarne avec talent leurs rôles, du patron avenant, au rival pugnace en passant par les anciens qui ne comprennent pas leurs erreurs, ils assurent du début à la fin. Mais ce sont les actrices qui tiennent le haut du pavé, avec Jessica Chastain comme porte étendard qui livre une performance de choix, bien qu'un peu limitée par le personnage qu'elle interprète, ensuite il y a Alison Pill dans le rôle de l'ex assistante de Miss Sloane, discrète mais tenace et efficace. Mais la ou j'ai étais surpris c'est avec Gugu Mbatha-Raw dans le rôle de Esme Manucharian qui s'avère être très forte, talentueuse et surtout touchante, un personnage avec une âme qui contrebalance un peu la froideur de Miss Sloane et qui est à mes yeux la vraie surprise de ce film … 

Oubliable !


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